A ce Diable, quel petit malin...
Petite anecdote très peu connue rapportée par Anastasius au IX e siècle, dans les Miracles de St. Démétrios
(Légèrement modifié pour améliorer la compréhension)
« Un certain Marianus reçut l’ordre des empereurs de gouverner les tribus qui étaient en Illyrie, à la manière des préfets. En Thessalonique, il dirigea pieusement le gouvernement de la préfecture, faisant plaisir à Dieu […] mais le diable, enviant ses richesses, décida de le tester, comme il le fit auparavant avec Job. Tout d’abord, il lui imposa sept vices [sûrement les sept péchés capitaux] puis le priva de toutes ses richesses terrestres. Mais Marianus, soutenu par la grâce de Dieu, triompha de toutes ses machinations. Alors le Diable le frappa subitement en lui infligeant une si sérieuse maladie qu’il n’avait plus aucun pouvoir sur ses membres excepté sa langue, qu’il utilisait constamment pour prier Dieu. […] Puis le diable vînt dans la cité, déguisé en homme, transportant un document dans ses mains, et il dit à l’un des domestiques de Marianus : « si votre seigneur porte ceci sur lui, il sera libéré de sa maladie ». Alors le domestique rapporta les faits à son maître : « écoutez moi, et vous serez guéri. Il y a un homme inconnu dans la cité avec un certain document qui dit que si vous êtes disposé à le porter sur vous, vous serez libéré de votre maladie […] Sur ce document est écrit le nom des dieux et des anges selon l’étranger ». Marianus répondit que Dieu pouvait le guérir sans document écrit. […] Et dans son sommeil Saint Démétrios lui apparut disant : « réveille-toi et ordonne à tes domestiques de te porter dans le lieu sacré de Démétrios. Là-bas, avec l’aide de Dieu, tu recevras des soins ». […] Alors il fut transporté dans le lieu sacré du martyr Démétrios, […] tué par des lances il y a longtemps sous les ordres de l’empereur Maximien. Marianus fut déposé à même le sol selon ses propres ordres, et quand il fut allongé, il fut saisit par un sommeil soudain ; Saint Démétrios lui apparut à nouveau […] Quand il se réveilla, il put se lever. Alors il remercia Dieu, qui vit et règne à travers les âges des âges. Amen »Voilà donc un témoignage d’un lettré byzantin du IX e siècle. Ce récit est un apport réel dans l’Histoire des mentalités. En effet on peut remarquer qu’il y a une véritable croyance en Dieu (logique) mais également une croyance envers le Diable (plus surprenant !). Celui-ci justifie tous les phénomènes surnaturels (justification effectuée par l’Eglise), et même certains qui ont une explication naturelle comme la tétraplégie dont est victime Marianus. Euh je ne suis pas sûr que la paralysie complète soit la tétraplégie… Cependant, ce dont je suis sûr, c’est qu’à Byzance, un système cohérent avec ses dogmes, ses rituels et même l’idée de transcendance s’est constitué autour du Diable. Et parfois, les byzantins du IX e siècle vont préférer s’adresser au Diable pour obtenir quelque chose, car le résultat est plus efficace que par l’intermédiaire de la foi chrétienne, et ceci en dépit de perdre son âme. Marianus, en refusant le manuscrit, préféra rester malade et sauver son âme. Alors à eux de voir quelle est la meilleure solution…
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